DÉMARCHE ARTISTIQUE
Il est question d’espace et de doute, entre paysages et abstractions, entre peinture et installation. Les médiums changeants, presque vivants, questionnent le point de vue, avec un goût marqué pour l’expérimentation.
J’utilise des matériaux réfléchissants (cuivre, miroir, verre, tissu réfléchissant) ou des matériaux bruts (carton, cailloux, plâtre), sous forme de tableaux ou en installations immersives. Nourrie par les Nymphéas de Monet, le mouvement
abstrait Light and Space, l’art relationnel et les œuvres de Anna-Eva Bergman et Ann Veronica Janssens, la recherche explore la création d’œuvres «vivantes», qui se transforment au contact de la lumière et des mouvements de l’œil.
Dans mon travail actuel de peinture sur toile de tissu réfléchissant, le geste plastique cultive son rapport au jardinage : la toile est travaillée horizontalement, ou presque, j’installe un sol et un topographie, j’arrose généreusement la surface de médiums, les pigments y sont déposés comme on sème, ou pulvérisés, pour qu’ils se transforment et sédimentent en des temps de séchage longs, au terme d’une bataille avec la zone grise.
L’ambiguïté est entretenue sur le support et la surface, combinant reflets et corrosions métalliques, effet d’écran, allusion photographique, échelle micro ou macro. On oscille entre le tellurique et le merveilleux : ici des drapés et convulsions météorologiques, là les concrétions et ondulations organiques, presque corporelles de la matière dans les creux et les plis de l’espace.
Un jeu s’instaure avec le point de vue et le regard in situ. Le moment de la perception s’étire, la course du langage derrière la pensée s’allonge, on s’attarde sur l’idée en train d’émerger, de se mouvoir, on s’installe dans le transitoire des cartographies mentales. A chacun de retenir le temps qui passe et saisir ce qui tend à s’effacer.
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Dans Les Heures creuses, les peintures sont des voyages immersifs faits à l’ère de l’anthropocène. Elles nous proposent une manière différente d’être au monde, non comme des points fixes et extérieurs, mais en faisant corps avec lui, en étant partie prenante du paysage.
Je veux proposer au public une expérience physique, tant visuelle que mentale, celle d’espaces instables, incertains et donc vivants. Je questionne ce qui fait qu’un espace devient un territoire. Je propose à chacun d’élaborer sa géographie intérieure, sa topographie du changement.
Le processus de peinture fige ou enregistre une sédimentation longue avec des interventions très légères en cours de séchage, qui miment le temps de formation des paysages (dépôt, souffle, changement d’inclinaison lent, variations de chaleur). Les couleurs renvoient à celles de la nature.
Dans Salle d’attente, j’invite des sujets et couleurs plus organiques, parfois sous forme de formes moulées ou modelées, que je glisse sous la toile. Je recherche l’obscurité avant la lumière. Je modifie le processus de recherche plastique et confronte la sédimentation longue aux gestes d’un passage à l’acte impliquant une modification radicale du support et des pigments en cours de séchage ; la toile gardera la mémoire d’un avant et d’un après.
Je sonde plus particulièrement notre rapport au temps : comment la rencontre avec une image crée une expérience créative qui nous occupe dans le présent de l’instant, mais convoque aussi le passé, tant individuel que collectif et induit un acte de recomposition pour que quelque chose -une idée, une sensation, une émotion- puisse avoir lieu. Je partage l’intimité d’un rapport à l’attente et aux attentes et d’une question vitale : celle du manque, ou plus exactement de la présence du manque, ce Janus vecteur d’une vacance et d’une nostalgie parfois incapacitantes, mais aussi d’un espace de l’entre-deux, pourvoyeur de désir et d’action.
Ma recherche actuelle porte sur des moulages en plâtre teinté dans la masse aux couleurs d'argile et de peaux. Les pièces de la série Si tu es situé.e sont les formes reformées des contre-formes protectrices réformées d'objets de consommation, des masques d'ici et d'ailleurs, des maquettes de terres et de cités perdues ou à découvrir.